Le LANGAGE DES SIGNES des MOTARDS

25/06/2017

Si les motards peuvent être loquaces à l'arrêt, il leur est quasiment impossible de se parler une fois lancés sur l'asphalte. Le casque, la vitesse, le vrombissement des moteurs sont autant de barrières à une bonne communication orale, qui par ailleurs ne serait pas du tout sécuritaire. Aussi ont-ils développé un langage des signes qui leur est propre. Inspiré de gestes parfois connus de tous, presque évidents, voire enfantins, d'autre leur sont plus spécifiques.

Il en est qui parlent d'un « code des signes des motards ». Sans vouloir tout codifier à outrance, il est vrai qu'un peu plus d'une dizaine de gestes a été adoptée au fil du temps par la communauté motarde. Et il est presque regrettable qu'il ne soient pas appris lors de l'apprentissage en moto-école (comme c'est le cas des plongeurs lorsqu'ils passent leur premier niveau), car ils facilitent grandement la communication sur route, et par conséquent la sécurisent. Ils s'adressent aux motards qui se croisent, se doublent, se suivent, qui roulent en groupe et même aux automobilistes...

Les voici (cette liste n'est certainement pas exhaustive, mais elle reprend les principaux. Si vous en connaissez d'autres, n'hésitez pas : faites m'en part !).

Et n'oubliez pas : tous les gestes de la main se font de la main gauche ! Parce que la main droite ne doit évidemment pas quitter le guidon, c'est qui elle commande la poignée d'accélérateur et le levier de frein...


Le salut entre motards

La solidarité entre motards les amène à se saluer lorsqu'ils se croisent ou se doublent. Plusieurs signes, faits lentement pour être visibles et bien interprétés de tous, expriment clairement cette politesse. Et pas de ségrégation, pas de castes entre les motards ! Peu importe la cylindrée ou le type, une moto est une moto. Et le gars qui est dessus (ou la fille) est un(e) motard(e). Peut-être est-il expérimenté, peut-être pas, peut-être roule-t-elle en HD ou en super-moto, peu importe, on salue et on attend d'être salué !

Les scooters ? Comme je l'ai lu dernièrement, c'est mieux s'ils saluent en premier (on a quand-même notre fierté)...

Le plus courant est un signe de la main gauche, quelles qu'en soient ses formes :

  • En tendant bien le bras et en montrant toute la main, à la verticale ou à l'horizontale.

  • Ou en ne montrant qu'un index pointé, comme cela se fait en Allemagne.

  • Ou encore, en gardant seulement l'index et le majeur joints.

  • Enfin certains montrent deux doigts en V en imitant (la plupart du temps sans le savoir) Barry Sheene après chaque course gagnée ; un signe devenu mythique depuis les années 1970 (photo ci-contre). On peut le diriger vers le haut, vers le bas ou à l'horizontale, c'est un peu au gré de chacun.

Attention, à vive allure, il est préférable de faire des gestes bas, près de la jambe et à l'horizontal pour limiter la prise au vent. Au pire, on peut aussi sortir le pied si la main gauche est occupée ; l'objectif majeur étant encore de rester maître de sa bécane !

En ville, le salut de la tête est une bonne option, moins fastidieuse et plus sécurisante dans un trafic souvent dense. Avec un sourire, c'est bien aussi. Petit aparté : au stop, ou au feu rouge, on vient se placer à côté ou légèrement en retrait, et on salue également.


Le salut du motard qui dépasse

Généralement, pour remercier un automobiliste ou un autre motard qui vous a laissé le doubler, on étire la jambe droite, pied pointé vers le sol, à la fin du dépassement. L'avantage de ce geste est justement de ne pas avoir à lâcher le guidon au cours d'une manœuvre d'accélération. Là aussi, pour que ce remerciement soit bien interprété, il faut que le signe soit bien visible et que la jambe reste 2 ou 3 secondes étirée avant d'être repliée.


Les appels de phare : uniquement en cas de danger !

L'appel de phare est universellement reconnu, par tous les usagers de la route, pour prévenir d'un danger, quel qu'il soit : un accident, une chaussée inondée ou un ralentissement. Peu importe, il invite à lever le pied et à redoubler d'attention.

Donc, ne le galvaudons pas en l'employant à d'autres fins, comme pour saluer, même si l'intention est louable... Et pour prévenir de la présence de la gendarmerie, nous verrons plus loin qu'il existe un signe bien particulier.


L'invitation à allumer le phare

En croisant un motard qui roule tout feu éteint, mieux vaut l'inviter à allumer son phare (être vu, toujours être vu !). Pour ce faire, il existe deux signes :

  • ouvrir et fermer plusieurs fois la main de haut en bas (du guidon à la tête)

  • ou ouvrir et fermer le poing très vite.

Malheureusement, ces signes ne sont ni beaucoup pratiqués ni très bien connus, c'est pourquoi il faut justement s'astreindre à les utiliser et à les expliquer.

Personnellement , je commence par pointer mon propre phare de l'index puis ouvre et ferme le poing comme pour faire un appel de phare... de la main.


Signaler un oubli de clignotants

Un clignotant oublié est source de confusion, voire de danger. Il est donc appréciable d'avertir l'étourdi qui ne l'a pas éteint : en faisant un signe du genre bec de canard qui s'ouvre et se ferme en ouvrant et fermant la main avec le bout des doigts. Si cela ne fonctionne pas, on peut allumer et alterner ses propres clignotants pour attirer son attention.


Le changement de direction

La meilleure méthode - et accessoirement obligatoire - reste encore le clignotant. Eh oui !

Mais quand on roule en groupe, le geste adéquat consiste à lever le bras gauche vers le haut, index pointé vers l'avant, et faire un geste vers la droite pour indiquer qu'il va falloir sortir.

De plus, quelques indices sur l'intention qui motive ce changement de direction permettent à ceux qui vous suivent de mieux anticiper encore, comme pointer du doigt un panneau qui indique le nouvel itinéraire, ou la station service, ou encore le panneau publicitaire du snack-bar qui vous fait saliver...

Et plus vos suiveurs sont nombreux, plus il est conseillé de s'y prendre à l'avance (indiquer le panneau qui indique la station service à 1 km, sans attendre celui à 300 mètres).

Si l'on doit couper la route et tourner à gauche, en plus du clignotant, on peut simplement tendre son bras gauche, avec la paume de la main vers le bas.

Pour tourner à droite, les puristes vous inviteront à plier le bras gauche à 90° et à serrer le poing. Personnellement, je préfère la première méthode, bras gauche levé et index pointé vers la prochaine sortie...


Avertir qu'on est « court pétrole »

Parce qu'il n'y a pas que le biker qui picole, sa machine aussi !

Et lorsqu'il se laisse surprendre et qu'il passe brusquement sur la réserve, il doit prévenir le groupe qu'il y a urgence à ravitailler. Pour ce faire, un signe du pouce (ou de l'index, c'est selon...) en direction du réservoir pour signaler aux autres motards qu'il serait souhaitable de s'arrêter à la prochaine station.


Chaussée dangereuse

Les risques de perte d'adhérence en moto sont légions et les causes multiples : sable ou gravier, boue, hydrocarbures, plaque de glace ou d'égout... et en Guadeloupe (où réside votre humble serviteur), selon les saisons : mangues écrasées au sol, inondations, cannes à sucre semées par les tracteurs, etc. Il est donc courtois de prévenir les autres bikers du danger !

Deux façons de signaler ces risques :

  • en laissant traîner le pied par terre ou tout près du sol, de préférence du côté où se trouve le danger (cette méthode a de plus l'avantage de prévenir une chute).

  • En pointant le danger de l'index (généralement côté gauche). Ce signe peut très bien compléter le signe précédent et donc lui être couplé. On l'utilise également pour signaler un obstacle sur la chaussée (pierre, nid-de-poule, animal mort...).


Avertir d'un demi-tour

Le biker, par nature, ne se trompe jamais, c'est bien connu, mais il se peut que des esprits-malfaisants-à-quatre-roues lui fasse louper une sortie ou prendre une mauvaise direction... Dans ce cas-là, une seule solution : faire demi-tour. Le signe de la main approprié est le suivant : la main vers le haut, l'index tourne en rond afin de signaler la manœuvre à venir. Évidemment, ensuite on ralentit et on trouve un endroit approprié ; pas de précipitation !


Pause casse-croûte

C'est pas bien compliqué :

  • « Il fait faim » : on tourne un peu la tête du côté gauche pour bien être vu (sans quitter la route des yeux !) et on fait un petit signe de la main gauche, ouverte, paume vers le haut, allant de bas en haut vers la bouche.

  • « Il fait soif » : on tourne toujours la tête à gauche et on fait des va-et-vient, le poing fermé et le pouce vers la bouche. On devrait être compris...


Signaler le besoin d'un repos

Si la fatigue est l'un des tous premiers facteurs d'accident en général, elle pardonne encore moins sur un deux-roues. Quand elle se fait sentir, au premier battement de cil, le signe de l'oreiller sous la joue (la main plane sous la joues, tête légèrement inclinée) est le plus indiqué pour faire comprendre aux compagnons de route qu'on a besoin de se reposer. Et ça ne leur fera de toute façon pas de mal non plus...


S'arrêter net, stopper

Un bouchon, un obstacle ? S'il faut s'arrêter précipitamment, il y a tout autant urgence à prévenir le groupe ! Pour cela, il faut plier votre bras gauche à 90°, en gardant la main ouverte et pointée vers le sol.

Attention toutefois à ne pas perdre le contrôle de la moto...


Ralentir ou accélérer

Chacun connaît le signe invitant à ralentir : bras tendu vers la gauche, main ouverte et paume tourner vers le bas, en « battant du bras » avec tendance à aller vers le sol... En moto, c'est le même.

Pour inviter à accélérer : on tend le bras gauche vers le bas, paume ouverte vers l'avant, et on le ramène vers le devant de la moto ; à répéter quelquefois. C'est également ce signe que l'on utilise pour inviter un autre biker à nous doubler.


Laisser ou prendre le lead

Il peut être parfois nécessaire ou convenu d'un changement de lead en cours de roulage. Au moment voulu, soit on le laisse, soit on demande à le prendre :

  • Si on le laisse, on désigne le nouveau leader du doigt et on lui montre l'avant du groupe (« C'est à toi d'ouvrir la route »).

  • Si on souhaite le prendre, on tend le bras gauche vers le haut, paume vers l'avant (« Maintenant, suivez-moi ! »).


Rouler sur 1 ou 2 files

Suivant les conditions de circulation, la largeur de la chaussée, le nombre de voies, il est parfois possible de circuler sur une ou deux files. Le leader passe l'information en levant le bras bien haut et en montrant l'index seulement (une file) ou l'index et le majeur (deux files).

A noter qu'en cas de roulage sur deux files, il est fortement conseillé de rouler en quinconce, formation plus sécuritaire.


Signaler la maréchaussée

Si pour une raison ou une autre, dans le cadre de la loi, il s'avère nécessaire de signaler la présence de la gendarmerie sur la route, le motard bienveillant prévient son prochain en tapotant le haut de son casque avec sa paume gauche.